PMA, GPA et les médias, on en pense quoi ?

J’avais bien bossé fin juillet et programmé 1 ou 2 articles par semaine jusqu’à fin août (programmés le lundi et/ou le jeudi à 14h), mais voilà l’actualité a fait que j’en rajoute un dernier début août que voici.
J’ai tenu le coup et lu aucun blog, donc j’espère que tout va pour le mieux pour vous toutes, pour l’instant mon break se passe bien, encore quelques crises de larmes improbables (dont une chez l’esthéticienne quand elle m’a demandé pour la 3ème fois pourquoi j’avais rasé parce que tu comprends ils partent moins bien), mais de moins en moins.

Vous avez sûrement entendu parlé du couple d’Australiens qui a fait appel à une mère porteuse en Thaïlande et qui lui a laissé un des jumeaux car il était atteint de trisomie. Il semble que la trisomie avait été détectée, mais que la mère porteuse n’a pas voulu avorter comme le souhaitait le couple. Cette histoire a comme d’habitude déchaîné les médias et les commentaires sur les sites d’information.

Mais, cette histoire m’a aussi forcément renvoyée à mon infertilité et je me suis posée plusieurs questions:

  • Tout d’abord serais-je prête à faire appel à une mère porteuse ?

A priori mon utérus peut accueillir une grossesse (enfin pour l’instant il n’a pas accueilli grand chose, mais théoriquement ça peut marcher), mais si ce n’était pas le cas, ferai-je appel à une mère porteuse ? J’avoue ne pas avoir la réponse et je ne me permettrais pas d’avoir un avis tranché sur la question.

D’un côté, je me dis pourquoi pas, si c’est fait dans la légalité, que la mère porteuse a déjà ses propres enfants et qu’elle est rémunérée.
En disant cela, je me rend compte que je ne suis pas très à l’aise avec ce concept étant donné que j’intègre immédiatement des critères moraux qui me sont propres et qui varieront nécessairement d’une personne à l’autre.

Pour moi, c’est important que ce soit légal, car bon, je veux des enfants, mais si c’est pour les voir au parloir, je ne vois pas  trop l’intérêt. Le problème, c’est que pour l’instant c’est illégal en France, mais c’est légal dans de nombreux pays. Imaginons que je quitte la France sous la pression de la montée de l’anti-sémitisme et que je vive aux Etats-Unis, si besoin mon Doctor me proposera la GPA et quand je rentrerai en France parce que quand même c’est un chouette pays et que les gens retrouveront un jour leurs esprits, je ne serais pas certaine du statut légal de mon enfant, ce qui risque de compliqué ma vie mais surtout celle de mon enfant qui n’a rien demandé à personne…
Le second critère moral que j’ai spontanément intégré, c’est le fait que cette mère porteuse a déjà des enfants. Qu’est ce que ça change ? pas grand chose sur le fond, mais je me dis que ça ne doit pas être évident (voire déchirant) de porter neuf mois un enfant et de s’en séparer pour ne jamais le revoir. Une femme qui a déjà porté ses enfants sait ce qu’elle a ressenti pendant ses grossesses et la naissances de ses enfants et peut donc évaluer plus objectivement si elle se sent capable de cela.
Je sens que mon troisième critère va faire débat, mais il me semble normal que cette femme soit rémunérée. Elle va subir des traitements médicaux avec leurs contraintes et une grossesse qui n’est jamais complètement sans risque, et je trouve normal qu’elle soit rémunérée pour ce don. Ensuite je pense qu’elle ne doit pas être rémunérée via le couple avec des tarifs libres, mais via un système public avec un tarif « standard » qui est le même pour tout le monde.

Ce qui me met mal à l’aise avec les mères porteuses, c’est que bien souvent ce sont des femmes « pauvres » et je trouve ça honteux d’exploiter leur pauvreté. Je suis vraiment mal à l’aise avec les gens qui partent trouver leur mère porteuse dans les pays du tiers-monde.


Minute people –  Je ne sais pas si vous suivait les aventures de Guilana et Bill sur E! (ça fait partie de mes références culturelles avec les Reines du shopping), mais ils ont bien galéré, FIV qui ne marche pas, cancer du sein et ils ont donc fait appel à une mère porteuse pendant que Guiliana se battait contre son cancer. Ce n’était donc clairement pas un choix « de confort », mais un choix courageux et je sais que ça fait niais et QQ -nian nian à souhait et que je ne la connais pas mais j’admire sa force et son courage parce qu’une ponction avant une chimio tout en se faisant filmer, faut être une sacrée warrior.

Je ferme la parenthèse people.


 

  • Ensuite si on détectait la trisomie sur un de mes fœtus, voudrais-je avorter après tous mes efforts pour tomber enceinte ?

Encore une question pas facile…
bizarrement la réponse me semble évidente, oui, je voudrais avorter et pourtant je sors d’une fausse couche. Je veux un enfant, j’ai ce désir en moi, mais pas à tout prix.
Je comprend tout à fait que d’autres personnes prennent une autre décision, mais je pense que c’est un choix très personnel.
Dans les cas des mères porteuses, c’est un choix encore plus complexe, peut-on « forcer » une femme qui porte un enfant qui n’est génétiquement pas le sien et qui est légalement à un autre couple, mais qu’elle porte dans sa chair, à avorter ? Je pense que c’est un sujet à discuter et à contractualiser en amont entre le couple et la mère porteuse, d’où je pense l’importance encore une fois de la légalité et de l’encadrement de la chose.

 

J’ai l’impression, sans être complètement convaincue (ce qui est rare chez moi), que je suis plutôt en faveur des mères porteuses, même si je ne suis pas 100% à l’aise avec l’idée. Je crois qu’il est important avant tout, comme pour la PMA, d’encadrer juridiquement ce process afin d’éviter des dérives et surtout l’exploitation de la misère dans certains pays.
Je ne sais pas ce que vous en pensez ?

 

Et comme à chaque fois qu’on parle de PMA et de GPA dans les médias, on se rend compte qu’il y a encore du boulot pour éduquer les gens…

reactions pma gpa medias

Beaucoup de gens ne font pas la différence entre les différentes techniques de PMA et la GPA et ils ramènent souvent ça à leurs convictions politiques. Tu es de gauche tu es forcément pour la PMA, la GPA et les OGM humains (non, ça c’est moi qui l’ai inventé, mais parfois on n’est pas très loin) et tu es de droite tu es forcément un vieux réac contre tout ça.

Au lieu de mettre de l’huile sur le feu, les journalistes pourraient faire leur boulot et ajouter des articles de fond qui expliquent un peu plus clairement les méthodes, leurs contraintes et leur légalité ou non en France en mettant en perspective la réalité et les délais du parcours d’adoptant afin d’éviter les commentaires qui résument la question à « ils n’ont qu’à adopter avec tous les enfants malheureux dans le monde ».

gpa-pma

Quand j’ai le temps, je répond à chaque commentaire « foireux » (ça prend du temps car ils sont nombreux) en expliquant que la PMA est autorisée et encadrée en France et que s’ils sont contre, ça tombe bien car ce n’est pas obligatoire, mais que c’est important d’avoir le choix.
En effet mon point de vue sur la PMA, la GPA, la contraception et l’avortement, c’est que c’est important d’avoir le choix et de laisser aux femmes le droits  de disposer de leur corps comme elles l’entendent.
Ce sont des choix tellement personnels que je ne comprend pas que les gens se permettent de donner leur avis.

J’imagine que cette histoire et les réactions qu’elle a suscitée vous ont forcément touchées également que vous soyez sur le quai, dans le train ou déjà arrivée à bon port avec vos enfants dans vos bras.

 

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7 réflexions au sujet de « PMA, GPA et les médias, on en pense quoi ? »

    1. Bounty Caramel

       » La clé de tout, ce qui préserve de l’instrumentalisation, de la marchandisation, c’est la qualité des relations qui se nouent pendant la grossesse entre les parents d’intention, les gestatrices et la famille de celles-ci ». Bien dit, merci Lutine.

      Répondre
  1. Leeloo

    Moi j’en pense que les plus grand moralisateurs sont ceux qui ont le moins de moral… et le moins de jugeote. Il ne vaut pas lire ce genre de truc car on finit par se dire qu’on est des monstres de la science, qu’on a pas de légitimité à avoir recours à la PMA…
    Bien sûr, on a qu’à adopter, c’est tellement plus simple… quelle femme fertile renoncerait à porter un enfant car il y a plein de petits malheureux dans le monde qui attendent d’être adopté ? Pourquoi devrions-nous renoncer aux vergetures, aux nausées, aux chevilles qui gonflent et autres joyeusetés de la grossesse (faut être un peu maso quand même ?) pour adopter ? y’a que les fertiles pour te balancer ça…
    Pour la GPA, ça me gêne pas mal ce concept. Peut-être parce que je veux pouvoir porter mon enfant, dans mon utérus… et que tant qu’on ne me prouvera pas que cela est impossible, je ne renoncerais pas. Mais je suis d’accord avec toi, il faut que ça soit très encadré pour qu’il n’y ai pas de dérives… et que finalement, l’adoption est peut-être plus sain qu’une GPA, même si l’enfant n’a pas nos gênes…
    Ce sont des sujets sensibles encore plus pour nous que pour le reste de la population…

    Répondre
  2. lailalailo

    Ce qui est interessant dans ton post c’est que contrairement à beaucoup d’avis il est argumenté, au dela des extrémismes, et vient d’une personne en PMA qui pourrait être concernée par la GPA, donc vu de l’intérieur.
    Moi je crois en la responsabilité de chacun et non à l’infantilisation de tous sous prétexte que certaines dérives sont possibles. A partir de là, on peut encadrer pour éviter les (soit disants) dérives.
    Je lisais un autre article suite à cette polémique d’une « philosophe », ou en gros on lisait entre les lignes que le choix d’un interruption médicale de grossesse ou non en GPA appartenait de toute façon à la « mère porteuse » et que les parents d’intention ne devait pas désirer un enfant parfait. Une fois de plus, le débat est biaisé et les anti-IVG (IMG ici) se saisissent du moindre prétexte pour faire passer leurs idées.
    Une GPA éthique c’est justement (comme aux USA ou les choses sont carrées afin de prévoir TOUS les cas de figures) de créer un lien autre que financier entre la mère porteuse et les parents d’intention afin que toutes ces questions soient abordées en amont pour que tous soient OK à 100% sur TOUT. La difficulté de la GPA dans des pays plus pauvres c’est justement que les nounous prénatales acquiescent à tout au départ pour ensuite se retrouver démunies face à des situations terribles comme une trisomie.
    Personnellement, vu mes cellules NK, je suis de fait concernée par la GPA. Mais je ne l’envisagerais qu’aux USA ou dans un pays ou l’on considère que l’altruisme n’empêche pas la rémunération des risques et ou le choix des parties à cette belle aventure est réel pour les 2 parties, fondé sur des valeurs partagées. Malheureusement mes « exigences éthiques » ne s’accordent pas avec mes capacités financières…

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  3. miliette

    Oh les commentaires bordel !!! Bordel !!!!!!!
    Je savais pas que « la PMA c’était un coup des socialistes » !
    Purée ya du taf. On devrait se regrouper entre nous pour répondre à ces abrutis (même si, sans neurones en face, on aura du mal à se faire entendre).
    Pour ma part : si tout le monde est consentant, si la santé de chacun est respectée et si les choses sont bordées je pense que la GPA peut avoir sa place. Mais je suis très triste de voir la manière dont certaines femmes du bout du monde peuvent être traitées de façon qui ne me semble pas convenable pour « quelques roupies »

    Répondre
  4. Biquette

    Les commentaires sont affligeants!! Je suis aussi pour l’autorisation encadrée de la GPA mais avec un VRAI consentement éclairé de part et d’autre. Les gens ont tendances à interpréter « autorisation » dans le sens « obligation ». Comme tu le dis pourtant ce sont des choix intimes et personnels. Ce sont également des choix difficiles, qui demandent beaucoup de réflexion et qui ne sont pas fait à la légère par ceux qui les font. Comme Lailalailo, je crois aussi en la responsabilité de chacun.

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