Faire son coming out pmesque ou pas ?

L’article des Icsi Paris sur les excuses de pmettes m’a fait beaucoup réfléchir et je me suis demandée s’il fallait faire son coming out pmesque ou pas…

Personnellement, j’ai fait un énorme coming out étant donné que tous mes amis et la plupart de mes collègues sont au courant de notre parcours et même de ce blog.
Et ouais, j’assume grave d’être défectueuse (running gag lourdingue, désolée, mais j’ai encore des requêtes MILK et PMA….) !

Mais mon coming out pmesque ne s’est pas fait en une fois, loin de là.

Au début, il a d’abord fallu que j’accepte l’annonce de mes chers OPKs qui s’est soldé chez moi par l’achat d’une jupe en cuir à un prix indécent (m’en fous, je suis une double income, no kids, c’est toujours moins cher qu’un mois de nounou). A chaque fois que je porte cette jupe, je me rappelle le chemin parcouru, c’est un peu le symbole de mon entrée en PMA.

J’avais tellement de mal à accepter que j’avais un défaut, une tare contre laquelle je ne pouvais pas lutter que j’en ai à peine parler à l’homme de peur qu’il me rejette. Je lui ai juste dit, j’ai vu ma gynéco, j’ai un petit problème d’ovulation, mais il existe un cachet (le clomid) que je prend 5 jours par mois et ça remet tout dans l’ordre.

Puis, j’ai du encaisser que le Clomid n’avait aucun effet, et qu’il fallait passer aux injections. En moins de 3 heures, j’ai du gérer l’annonce de l’échec du Clomid et surtout courir dans tout Paris pour trouver une pharmacie qui a du Fostimon avant notre départ en week-end avec des amis le soir même.
C’est là que mon premier vrai coming out s’est fait avec l’homme et avec ma meilleure amie avec qui nous partions que j’ai mis à contribution pour trouver du Fostimon avant de prendre l’avion. Puis sur place quand j’ai du faire ma première injection dans une chambre d’hôtel face au Duomo à Florence avant l’apéritivo.
(Si un jour vous êtes en galère de médocs sur Paris, ils ont toute la panoplie pmesque à la pharmacie du drugstore des champs elysées)

A cette époque, pendant les stimulations simples, j’ai fait un second coming out auprès de mes parents qui depuis ont toujours été d’un soutien sans faille.
Et également de ma co-bureau qui était enceinte à l’époque et qui a su être une des personnes les plus à l’écoute et un de mes plus grand soutien.

Comme je pensais que j’allais rapidement tomber enceinte, je n’en ai pas parlé plus que ça et je me suis débrouillée pour gérer les contrôles de bon matin sans rien dire.

Puis les échecs se sont accumulés, j’ai commencé à me renfermer et ne plus voir grand monde car tout m’agressait : leurs « problèmes » du quotidien qui me semblaient dérisoires par rapport à mes Problèmes (avec un grand P), leurs annonces de grossesse en C1, leurs remarques pas très fines.
Un soir où je me suis retrouvée une énième fois en larmes au cri de « Je suis toujours là pour les autres, mais personne n’est là pour moi, c’est la 1ère fois de ma vie que je demande un peu de soutien et je n’ai rien » et l’homme m’a dit de manière assez censée « ils ne le font pas exprès, ils ne savent pas et de toute façon ils ne peuvent pas comprendre ». Bizarrement ça a fait tilt et je me suis dit que c’était vrai, je ne pouvais pas en vouloir à des gens d’être maladroits étant donné qu’ils ne connaissaient pas notre condition.
Sans le hurler sur tous les toits, ni déclencher le sujet, à chaque fois que les gens abordent le sujet « les enfants, c’est pour bientôt ? », je me donne la liberté de leur expliquer très calmement que ce n’est pas facile pour tout le monde et qu’on suivait des traitements assez lourds depuis un certain temps, sans résultats pour l’instant, ni garantie de succès.
J’avais très peur des réactions, mais j’ai eu des réactions globalement positives avec des gens compréhensifs qui sont souvent devenus des soutiens – en même temps, c’est censé êtres des amis et pas de sombres c*nnards.
Nous avons tous eu besoin de quelques ajustements au début avec les jours où j’avais envie d’en parler et les jours où c’était complètement tabou pour moi, je comprend que ce n’est pas évident à gérer pour eux aussi, mais avec un peu de bonne volonté de parts et d’autres on a trouvé notre équilibre.
J’ai été déçue de la réaction de certaines personnes, mais il faut voir le côté positif, ça permet de faire le tri.

La dernière étape de mon coming out s’est faite un peu contre ma volonté au travail.
Pour ma 1ère FIV, j’ai inventé une gastro pour la ponction, il n’y a pas eu de transfert à cause d’un risque d’hyperstimulation et je suis passée à autre chose en attendant le transfert. J’ai ensuite été déçue, mais j’ai réussi à gérer mes émotions lors du 1er transfert qui était un peu pour moi un « coup d’essai ».
En revanche, je me suis effondrée à l’échec de mon second transfert. Quelques jours après la prise de sang négative, j’avais une réunion très importante avec des big boss et j’ai fait l’erreur d’y aller. J’avais la tête ailleurs, la voix mal assurée qui tremblait et je me suis retenue de m’effondrer en larmes devant 15 personnes parmi les plus importantes de ma boite. Dès que la réunion s’est terminée, j’ai trouvé la force d’aller à mon bureau et de fermer la porte avant de littéralement tombée en pleurant sur ma chaise de bureau. C’est la que ma boss est entrée pour débriefer de la réunion.
Elle a d’abord cru que la réunion m’avait secouée, mais étant fière comme un coq, je me suis sentie obligée de lui dire que ce n’était pas la réunion qui m’avait atteinte, que j’étais plus solide que ça, mais qu’en revanche, je n’arrivais plus à gérer la pression de la PMA et la pression au travail, ça faisait trop pour moi.
On a eu une très longue conservation où elle m’a dit que j’avais bien fait de lui parler et que c’était normal que je craque, que ça ne remettait pas en question l’image qu’elle avait de moi, qu’elle était fière que j’ai géré tout ça sans jamais en parler, qu’elle avait elle-même craquée au travail quand elle avait fait une fausse couche, et qu’on devait se serrer les coudes entre femmes.
Bref, c’est une perle et j’ai maintenant la chance d’avoir un soutien supplémentaire.

Finalement mon coming out s’est étalé sur un an au gré des échecs et du besoin de relâcher la pression pour ne pas couler.
Ce coming out m’a apaisé et à apaiser mon parcours. Je sais que je dois accepter les échecs, que ce sera long, mais je sais aussi que les gens qui comptent sont là, à mes côtés pour m’aider à passer le cap quand rien ne va.

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Je sais que j’ai la chance de travailler dans un milieu ouvert où les femmes sont encouragées à mener de front leur carrière et leur vie privée et où la norme sociale d’un papa, d’une maman et des enfants ne fait pas loi. Je sais aussi que tout le monde n’a pas cette chance.

Bien que la PMA ne nous définisse pas en tant que personne, elle fait partie intégrante de notre vie à un moment donné et nous devons apprendre à vivre avec.
Je sais que certaines d’entre vous ont fait leur coming out pmesque, d’autres non. Comme pour tout, je crois que l’important est surtout d’être en paix avec soi-même et de gérer avec nos forces et nos faiblesse cette f*ucking PMA.

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32 réflexions au sujet de « Faire son coming out pmesque ou pas ? »

  1. Carotte

    A closet is a very lonely home… C’est si vrai… Il est très beau ton article… L’article d’ICSI Paris m’a également beaucoup fait cogiter… Et pour ma part, j’ai fait un coming out sélectif, même si, après 5 ans d’attente, forcément, il y a eu des fuites.
    L’essentiel, à mon sens, est de ne pas se sentir obligé. Ne pas se sentir obligé de parler, ne pas se sentir obligé de se taire. Car la PMA est un placard à elle seule, une cage (si bien symbolisée par Julys dans son dernier article), où l’on subit, où l’on a pas le choix.
    Comme tu le dis très justement « l’essentiel c’est d’être en paix avec soi-même ». Tout est dit.
    Et pour le shopping qui console, je suis ton binôme 😉

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    1. La reine de la PMA Auteur de l’article

      Cool, on va pouvoir faire des virer shopping pmettes !!!!!
      Oui, je crois que l’essentiel, c’est de ne pas se sentir obligé dans un sens ou dans l’autre et d’être le plus à l’aise possible car il y a déjà de quoi faire pour être mal à l’aise 🙂

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      1. Carotte

        Oui oui oui pour les virées shopping!!!!
        Pour le reste complètement d’accord avec toi. Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises raisons tant que L’on est en accord avec soi. 😘

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  2. ptbichon

    Perso j’ai fait mon coming out assez vite aussi. Pour ma famille l’élément déclencheur a été la grossesse de ma petite sœur qui a fait que ma mère a osé me poser la question de front « pour nous » et où du coup je me suis mise à chialer et au boulot dès le passage en FIV parce que si je vais pas bosser il faut a tout prix trouver une solution (et mettre un panneau priez de pas accoucher aujourd’hui que la porte ne marche pas…). Mais bon vu que je suis dans le milieu j’ai la chance d’être entouré de gens qui comprenne (si ce n’est la dimension psycho, au moins la dimension médicale).
    Par contre chéri-chéri n’a pas encore fait le sien et je sens que ça lui pèse. Peut être le fera-t-il avec la reprise de la PMA…

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    1. La reine de la PMA Auteur de l’article

      J’imagine que dans le milieu médical, ils ont plus conscience des traitements, pour moi les gens croyais que j’allais le matin faire un FIV et que je rentrais enceinte le soir… y a eu un petit travail d’éducation à faire 🙂
      Mon homme fait son coming out sélectif à son rythme, je ne lui impose rien, je pense qu’il faut trouvé son point d’équilibre personnel

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  3. icsipari

    J’espère que l’on a chamboulé personne avec notre post, qui se voulait au départ plutôt léger et drôle. Le secret au boulot est assez illusoire (vous connaissez la définition du secret ? C’est ce que l’on ne dit qu’à une personne à la fois) et je pense que certains collègues doivent sans doute savoir autour de moi. Mais je veux vivre mes tentatives sans avoir tout le monde sur le dos, car je sais maintenant que l’échec est plus probable que la réussite, ce qui n’était pas le cas au début de notre parcours. Bref, c’est compliqué ce « coming out », on peut changer de point de vue en cours de route, et surtout il faut trouver son équilibre, comme on peut… Plein de bises à tous et merci pour ce post

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    1. La reine de la PMA Auteur de l’article

      Je trouve ça bien que vous réussissiez à nous (en tous cas à me) faire réfléchir. Je ne m’étais pas posé la question avant. C’est pour moi aussi la richesses de nos blogs et de nos échanges. C’est un peu le réseau social de la PMA 🙂

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    1. La reine de la PMA Auteur de l’article

      Je te rassure, personne ne le lit, la PMA n’intéresse que les gens qui sont en PMA et je comprend, si je n’étais pas dans cette galère, je ne lirais sûrement aucun blog de PMA (et je serais passer à côté de personnes géniales) ❤

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  4. Bounty Caramel

    On gère du mieux qu’on peut comme tu dis. Je me retrouve assez pour la partie ami(e)s, des soutiens et des coups bas… Quant à ta boss, une vraie perle ! C’est une grande chance dans ce parcours. Des bises

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    1. La reine de la PMA Auteur de l’article

      C’est vrai que j’ai de la chance, mon ancienne boss n’aurait pas nécessairement été aussi compréhensive…
      De toutes façons, on fait de notre mieux avec ce qu’on a.
      Sinon, ta lueur est toujours au top ?
      Bisous

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  5. damelapin

    J’ai fait comme toi: coming out au fur et à mesure. Il faut d’abord le temps d’accepter soi même, de passer les étapes d’un deuil, la colère etc… Ça permet dz faire le tri, parfois dans la douleur mais ce tri se serait fait un jour où l’autre

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  6. margoublog

    Alors toi, tu es vraiment la reine du coming out! Meme le blog, c’est impressionant. Moi je n’ai aucun problème pour parler de la PMA à l’entourage sans donner les dates de début (ça c’est réservé aux parents et à ma soeur). Pour le blog, chéri est au courant et peut le lire, ma soeur est au courant et je lui ai montré un article mais je ne sais pas si elle le lit. Pour les autres c’est secret!

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  7. ciconiatenvapas

    Hello Majesté ! Je crois que tu as tout résumé, il n’y a pas de règles établies, mais c’est important de sentir se….reine ! 😉
    Avec Ciconio on en a justement discuté ce matin : doit-il le dire à sa supérieure ou pas pour prévoir la matinée d’absence d’IAC ? Je trouve que oui mais je le laisse libre de choisir, c’est son boulot, sa chef. 😉
    Gros bisous

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  8. julys974

    Je n’ai jamais caché nos difficultés à personne. Chéri non plus. Mon boss, c’est le ministère et il s’en cogne un peu de mes états d’âme. En revanche, le patron de Chéri est vraiment adorable parce que, sans revenir constamment sur le sujet, quand il sait qu’on est en pleine tentative, il prend des nouvelles. Les amis, la famille… Tout le monde est au courant et il y a au final beaucoup plus de soutien et d’empathie que de maladresses. On a même évoqué nos difficultés dans le discours de notre mariage… Mais l’essentiel est de faire comme on le sent, en effet !!

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  9. wtf31

    merci pour cet article, je suis tellement admirative de ton coming out, perso c’est tout le contraire, personne n’est au courant, à part deux collègues. Je me suis faite opérer cette semaine, et même ma mère n’en a rien su ! C’est très dur, mais c’est de sa faute : on était très proches, limite fusionnelles, jusqu’à l’année dernière. Je lui ai donc parlé de mes FC, puis de ma GEU. Et j’ai appris un jour par hasard qu’en fait elle avait parlé de ça à tout le monde ! Ses collègues, ma cousine… la moitié du canton ! Je me suis sentie trahie, humiliée, mon intimité était violée par celle qui aurait du me protéger et me soutenir. Depuis, on n’en a jamais parlé ensemble, mais je ne lui adresse presque plus la parole. Et vous le croirez au non, elle ne m’a pas une seule fois demandé comment j’allais, alors que mon frère a eu une fille entre-temps… Parfois je la déteste et je m’en veux…
    « J’avais tellement de mal à accepter que j’avais un défaut, une tare contre laquelle je ne pouvais pas lutter » : comme je te comprends ! Moi non plus je n’ai pas été habituée à l’échec plus jeune, j’étais la meilleure en cours comme en sport, j’étais plutôt mignonne et j’avais pas mal de succès avec les mecs, beaucoup de potes, bref, ça roulait. Donc cette impression d’échec aujourd’hui, je la vis très mal, d’autant plus que contrairement à toi, ma vie professionnelle ne casse pas des barres non plus… Impression d’avoir tout loupé (sauf Biquet !) alors que je partais avec tant d’atouts ! Quel gâchis…
    Peut-être qu’un jour je parviendrai à faire mon coming out, j’y trouverai comme toi je pense beaucoup de sérénité, mais pour l’instant je ne peux pas. Et j’en veux de faire souffrir mon homme, parce que du coup je lui demande de ne pas en parler non plus (sauf à un pote s’il le veut, éventuellement). J’hésite de plus en plus à voir une psy…

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    1. La reine de la PMA Auteur de l’article

      Il ne faut pas voir ta vie comme un gachis, je trouve que tu es super dure avec toi, je verrais plutôt ça comme un cheminement.
      Tu as trouvé ton biquet, vous faîtes face ensemble à ce cirque, c’est déjà une belle réalisation. Vous construisez votre futur avec ce que DNLP veut bien vous donner comme armes. L’important c’est de ne pas baisser les bras tout en restant réaliste pour ne rien regretter.
      Pour le travail, je crois que personne n’arrive à avoir le boulot idéal, il faut surtout y trouver son compte.
      Pour le psy, c’est à toi de voir si tu en as besoin, à un moment de mon parcours, j’y ai pensé, puis après en avoir discuté avec ma gynéco, j’en ai conclu que ça allait être une contrainte de plus sur mon emploi du temps. En parler avec mon entourage me fait du bien, mais ma bonne solution pour ne pas exploser n’est pas forcément celle qui te convient.
      Tu devrais en parler avec ta mère du fait que tu t’es sentie trahie, peut-être qu’elle ne s’en rendait pas compte ? les gens ne peuvent pas toujours appréhender nos souffrances, même si c’est casse pied, je trouve que ça aide de leur expliquer, mais je pense que le plus important est de trouver ta zone de confort. Des bises

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  10. tinkieginie

    Au début, j’hésitais aussi à en parler, puis, comme tu dis, par la force des choses, c’est venu petit à petit. Mais je me dis que si j’avais vraiment voulu que ça ne se sache pas, j’aurai pu trouver des excuses. Au lieu de ça, j’ai joué cartes sur table. Il faut dire que j’ai de la chance d’avoir une profession où je suis entourée de femmes, et ça m’a paru plus facile d’en parler du coup. Maintenant, c’est comme si c’était une mission d’en parler et surtout d’informer les gens (je ne vais pas encore frapper aux portes hein ^^) car finalement, si on ne se décide pas à le faire, personne ne le fera à notre place. Pas toujours évident, il y a des cons partout, mais la plupart du temps, les gens font des efforts pour comprendre et j’ai l’impression qu’ils jugent moins vite… ou p-ê que je me fais des idées.

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    1. La reine de la PMA Auteur de l’article

      c’est ce que je me demande aussi parfois, qu’est-ce qu’ils disent dans mon dos… mais ça me travaille 2 minutes, puis je me dis qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, tant pis ! 🙂

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